édito
20 Août 2012

Un Euro plus un Euro, y’en a Mar !


par Alain INIAL



Un Euro plus un Euro, y’en a Mar !
Non, rassurez-vous, je n’ai pas décidé d’écrire en langage codé, style SMS, mais bien de pousser un coup de gueule sur ce qui représente le second poste de dépense des ménages français, j’ai nommé l’automobile.

Les dernières législatives ont vu fleurir nombre de petits partis, inconnus ou issus d’associations et il en est un qui nous interpelle parce qu’on y parle beaucoup et essentiellement d’automobile. Le MAR, Mouvement Anti Radar, prônait des mesures radicales pour débloquer la situation des usagers vis-à-vis de l’administration et des constructeurs auto. La fin du permis à point ou le démantèlement des radars, liés à la suppression des limitations de vitesse sur autoroute (160 km/h) arrivaient en bonne position sur la liste des propositions de ce mini parti qui ne pouvait espérer recueillir une majorité de suffrages. Mais la voie est ouverte et un jour le très courtisé et très attendu « parti des automobilistes » verra le jour qui pourrait permettre une vraie défense des usagers de la  route face aux dérives de la répression aveugle. Le MAR a eu ce mérite de mettre en avant quelques questions qui posent problème et ses propositions, volontairement excessives résument bien le sentiment de tous ceux qui roulent beaucoup, à longueur d’année, et se font obligatoirement piéger un jour. Du côté des pouvoirs publics le « ni angélisme, ni course aux chiffres » de Manuel Valls, le premier flic de France, même s’il autorise un peu d’espoir, montre à l’évidence que s’il n’est pas question de freiner maintenant, il n’est pas à l’ordre du jour d’accélérer bêtement.

Car les français attendent derrière leur volant, ils attendent des mesures propres à leur rendre la vie plus facile notamment du côté financier. La voiture, pour indispensable qu’elle soit,  représente le deuxième poste financier des ménages avec un coût de 6000 € moyens par an. Voilà ce que vous coûte votre voiture, un chiffre qui progresse chaque année et qui est sérieusement observé par l’ Automobile Club. Sont pris en compte dans le calcul des dépenses, les frais liés à l’achat et à l’amortissement du véhicule, l’assurance, l’entretien et les réparations et bien entendu les frais d’essence…

La voiture constitue ainsi la deuxième dépense des français, après le logement, avec 15% du budget, un chiffre modulable en fonction de l’engin et de son utilisation. Une voiture de catégorie moyenne (Clio, 208, Mégane …) coûtera à son propriétaire la modique somme de 5900 à 6000 € en 2011 soit un chiffre en augmentation de 4% par rapport à l’année 2010. Et pourtant, il aura moins roulé compte tenu de l’incessante augmentation du prix des carburants. Ce seul carburant qui aura fait grimper de 11% la dépense « automobile » des ménages en 2011 (plus encore avec le diésel qui plafonne à +16,5%). La voiture, ne l’oublions pas, perd chaque année 10% de sa valeur et plus encore la première année puisque le simple fait de franchir la porte d’une concession avec un véhicule neuf fait perdre à son nouveau (et heureux !) propriétaire la modique somme de 5000€ (c’est une moyenne), la voiture passant du statut de neuf à celui d’occasion. La charge inhérente à l’assurance n’est pas, elle non plus, négligeable (de 590 à 800 € en fonction des garanties. Quant au garagiste, nous lui laissons bon gré mal gré un chèque de 700 à 1000 € chaque année. Une facture qui s’avère même bien plus élevée pour les conducteurs de grosses cylindrées.

Pour les seules voitures diésel, mais elles représentent la grosse majorité du parc roulant français, la facture d’entretien a grimpé de 4,15%,  sans oublier les quelques 500€ moyens qu’un automobiliste glisse dans la fente des horodateurs ou laisse aux caisses des parkings  publics. Ajoutons les péages qui alourdissent la facture de près de 200 € et nous arrivons à la coquette somme de 6000 € en moyenne par foyer français à condition que celui-ci se contente d’une seule voiture. Pas étonnant qu’à ce prix les français fassent rouler leur voiture plus longtemps et que les quelques réparations et entretiens courants soient remis souvent au lendemain (beaucoup d’interventions se font à l’approche des contrôles techniques).

Or, si les français roulent plus longtemps avec leur voiture, ils ne se précipitent plus tous les deux ou trois ans chez leur concessionnaire pour acheter du neuf et s’ils y vont, ils commencent par faire une halte dans le parc « occasions », histoire de voir si la perle rare ne s’y trouve pas. Résultat immédiat, les constructeurs ne s’y retrouvent plus (et surtout leurs actionnaires  ...) et les chiffres des ventes des voitures neuves chutent pour certains de près de 25%. La France se trouve donc irrémédiablement en capacité de surproduction et deux pistes s’ouvrent  aux décideurs et aux politiques : ou nous continuons à pratiquer la respiration artificielle qui consiste à subventionner le secteur automobile pour soutenir l’emploi ou l’ajustement naturel va continuer à s’opérer avec ses fermetures d’usines et sa cohorte d’emplois supprimés comme cela commence à se faire aujourd’hui.

Notre vrai problème c’est la qualité de notre production par rapport aux prix pratiqués. Si les constructeurs français veulent passer devant les concurrents étrangers, il leur faudra produire mieux et moins cher or, le coût de la main d’œuvre chez nous est supérieur aux autres pays et notre production est de moindre qualité. Les autres constructeurs ont pris les devants en investissant deux fois plus en Recherche et Développement et ont, dans le même temps, entamé une désindustrialisation plus précoce que les français. Résultat aujourd’hui, de meilleurs produits pour un coût plus abordable …CQFD

Alors, l’avenir, même si nous prenons le train en marche, passe par des mesures radicales : la baisse du coût du travail, l’aide financière à la filière automobile, le développement partenarial avec des constructeurs étrangers (nul ne se plaint aujourd’hui de l’installation de Toyota à Onnaing et surtout pas le pôle emploi !) et surtout … surtout … que les produits proposés collent un peu mieux à la demande du client!

Car là, ça pêche aussi, la voiture n’a pas su s’adapter à la demande des utilisateurs. Autrefois objet de reconnaissance sociale, la voiture est redevenue avant tout, crise oblige, un outil au service de la mobilité d’où cet engouement pour les véhicules low-cost et le relatif succès de Renault grâce à ses Dacia (1 million de Logan seront vendues en 2012 et autant de Sandero) mais, malheur ! elles ne sont pas construites en France puisque notre main d’œuvre est trop … etc, etc …

Enfin dernière piste, la voiture hybride ou électrique, puisqu’il faudra y venir un jour à condition d’en maîtriser le prix encore trop prohibitif et là encore, nos constructeurs sont montés dans le wagon de queue …


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