édito
10 Avril 2012

C'est l'effet boomerang !


par Alain INIAL

Le boomerang ? Vous connaissez sans aucun doute cet appareil (de chasse à l'origine, et de loisir maintenant) dont la manipulation est dangereuse. Il suffit pour s'en convaincre de regarder ce film culte " Le dîner de cons " où l'on découvre un lanceur de boomerang qui, apparemment, n'a pas pu récupérer normalement son engin.



C'est l'effet boomerang !
Et puis, il y a l’effet boomerang. Ces idées qui paraissent excellentes mais dont les effets pervers, par retour, vous frappent en pleine poire alors que vous les aviez émises à des fins plus pacifiques. C’est ce qu’on appelle, dans le milieu automobile, un retour de manivelle (pour ceux qui l’on connue !).

La voiture évolue, elle est, aujourd’hui, plus belle, plus intelligente, plus sûre, plus propre également et même moins chère qu’au siècle dernier mais … car il y a un bémol, elle a de plus en plus de mal à convaincre l’acheteur et elle est sacrément en perte de vitesse ces temps derniers. La voiture ne séduit plus ! Si l’on ajoute à cela la politique répressive des « bords » de route et les mauvaises habitudes qu’ont prises nos dirigeants de taxer tout azimut les automobilistes, seuls ceux qui roulent par obligation resteront à terme derrière leur volant. Mais à quel prix …

Le racket, n’ayons pas peur des mots, s’étend des péages d’autoroute aux parkings urbains sans oublier le prix du litre à la pompe dont les records sont battus quasi quotidiennement. Ajoutons les amendes automatisées, distribuées par une forêt de radars, qui vont être doublées par les PV issus des caméras urbaines. Plus besoin de se déplacer pour les forces de l’ordre, les rues sont surveillées et la double file de 2 minutes pour acheter le journal ou la baguette de pain sera sévèrement punie. Oh, ma chère baguette !

On constate aujourd’hui que le comportement de l’utilisateur évolue. Le budget « voiture » ayant progressé deux fois plus vite que l’inflation et le pouvoir d’achat, cette dernière, qui hier encore était un signe extérieur de bien-être et un positionnement au sein de la société n’est plus systématiquement une priorité pour les ménages. L’utilisateur repousse sans cesse le moment d’en changer et la durée de vie d’un véhicule dépasse maintenant les huit années.

Mais ça n’est pas ce seul constat qui explique le recul historique des immatriculations que les constructeurs viennent de publier. C’est la troisième sortie de route en trois mois pour le marché automobile français et les chiffres ne sont guère rassurants. Les plus fortes baisses font état de reculs compris entre 20 et près de 60%. Dacia se situe à moins 57%, Fiat à moins 40, les français Citroën et Peugeot sont à moins 34 et moins 32%. Renault s’en sort mieux en accusant une baisse de 23% (c’est quand même ¼ de ses ventes !).

Et l’horizon n’a pas l’air de se dégager et l’on reparle de compression d’usine et de fermeture pour certaines. Le colmatage ne peut pas éternellement durer et les coupes sombres vont arriver, sans doute après des échéances nationales avant lesquelles il convient de ne fâcher personne. C’est vrai qu’il faut largement moduler les chiffres, c’est l’effet à retardement de la prime à la casse de l’an dernier qui se fait ressentir. En choisissant de maintenir le secteur automobile sous respiration artificielle les dirigeants européens n’ont fait que reculer les échéances mais,  était-ce vraiment le moment d’annoncer près de 30000 licenciements en Europe ? 

Mitsubishi a déjà programmé la fermeture de son site de Born (Pays-Bas) tout comme Volvo à Uddevalla (Suède). Les chaînes espagnoles tournent au ralenti et les sites d’Opel à Bochum (Allemagne) ou Ellesmere (Angleterre) tournent sur la possibilité des temps partiels ou des chômages techniques. Plus près de nous, les sites de Renault Flins et Sandouville tout comme PSA à Mulhouse, Rennes ou Sochaux ont recours à ces échappatoires.  Les usines PSA d’Aulnay ne vont pas très bien et l’arrêt programmé de la C3 en 2014 pourrait en sonner le glas.

Les chiffres, aujourd’hui, sont là, des chiffres moins faciles à manipuler que ceux du pouvoir d’achat ou du chômage par exemple. Des chiffres qui ne sont pas du meilleur effet dans cette fin de course pour l’Elysée car on se pose la question de savoir pourquoi BMW, Nissan ou encore Hyundai font mieux que résister … Des chiffres, enfin, qui ne manqueront pas d’être commentés et utilisés par les challengers du président-candidat, et sans frein à main.

Même au volant, Il n’y a rien de pire que … l’effet boomerang.


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