édito
8 Mars 2012

La blasitude


par Florent FERRIERE

Sans forcément tendre l’oreille, j’ai réussi à entendre sur un stand la phrase habituelle « c’est un petit Genève cette année ». Lors de toutes les éditions, on trouve toujours un blasé qui estime que le programme est faible. Remarquez, cela reste toujours à l’appréciation de chacun en fonction de ce qu’on aime voir. J’avais par exemple été déçu du cru 2011, pauvre en lancements importants, mais qui avait réussi à marquer les esprits de beaucoup grâce à la seule présence de trois italiennes de rêve (Alfa 4C, Ferrari FF, Lamborghini Aventador). Cette année, c’est le contraire : pas une flopée de divas mais un festival d’autos pour la vie de tous les jours, avec des lancements cruciaux : Peugeot 208, Renault Zoé, Audi A3, Mercedes Classe A, Volvo V40, Opel Mokka, Porsche Boxster... On se demande alors ce qu’il faut à certains pour que le salon soit grand et non « petit ».



La blasitude
On se dit que ces rabats joie font les blasés pour faire les blasés comme d’autres critiquent TF1 pour critiquer TF1. Alors oui, il faut s’y résoudre, les salons avec une débauche de nouveautés, où chaque constructeur a une première mondiale, ça n’existe plus. Parce qu’il y a trop de salons maintenant, surtout depuis que des pays émergeants en proposent. Genève se fait ainsi voler des premières par Pékin qui a lieu dans un mois. Et comme la Chine est devenue le nouvel eldorado, beaucoup de marques aiment y créer l’événement. Mais 2012 restera une bonne année. Une année que l’on peut qualifier de normale.

Normal, en voilà un mot basique et commun. Mais il s’adapte particulièrement à l’ambiance 2012 qui régnait dans les allées de Palexpo. On ne nous a pas bassinés avec des problèmes de crise ou de difficultés économiques, mais on n’a pas cherché non plus à afficher un optimisme faux cul. On n’a même pas cherché à nous enfumer avec des protos électriques ou des autos qui gagnent trois grammes de CO2. 2012 se veut réaliste. On l’a aussi vu dans les conférences de presse, qui ont fait dans la simplicité, sans surenchère visuelle ou sonore. On aime cela. Sauf chez Renault.

La blasitude
La marque a fait archi sobre avec 10 minutes de présentation conventionnelle. Bien dommage. Le losange pouvait faire de ce moment l’événement marquant du salon car il présentait une nouveauté qui frappe fort, en posant de nouvelles bases dans le secteur automobile. Imaginez, la première auto électrique proposée à un prix équivalent à un modèle thermique. Faire dans la surenchère marketing peut être mal vu, mais avec un tel produit, elle semblait presque logique et attendue. On pense ainsi à l’euphorie qui entoure chaque présentation d’un nouveau produit Apple. Renault aurait dû créer plus de buzz autour de sa Zoé. On se demande s’il y croit au final. Surtout vu l’enthousiasme débordant de Carlos Ghosn pendant son discours lu l’œil vissé sur les prompteurs… Si même lui fait le blasé…

Alors certes, il y a de quoi parfois. Quand on voit que la nouvelle A3 a la même tête que toutes les autres Audi. Quand on voit que PSA nous offre encore un rebadging de Mitsubishi. Quand on voit que Seat nous propose encore un clône. Quand on voit que VW recycle ses vieux concepts cars. Mais bon, tout ceci illustre le nouveau visage du paysage automobile. Pour occuper tous les terrains sans se ruiner et trop investir, on fait des alliances qui donnent naissance à des recarrossages, on limite les investissements…

La blasitude
Le Salon parfait n’existera plus, on doit s’y faire. Mais il ne faut pas critiquer pour critiquer, non plus. Il y a beaucoup de choses à voir cette année à Genève, avec de bons coups de cœur. Le mien va assurément à la nouvelle Classe A, qui fera vraisemblablement un tabac dans le segment des compactes de luxe. Voilà je n’ai pas honte de le dire : j’ai passé un bon moment cette année à Genève, n’en déplaise à certains. Même s’il y a forcément des trucs agaçants. Il faudra ainsi m’expliquer pourquoi on n’a pu monter à bord de la Fiat 500 L alors que l’on pouvait aborder la Ferrari F12 Berlinetta ! Généralement à Genève, plus la voiture est chère, plus elle est abordable sur le stand. Curieux !

Daimler devra aussi me dire pourquoi il n’y avait plus le parfum de glace que je voulais chez Mercedes. Zut, je fais mon blasé.


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Tags : Genève 2012

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