édito
18 Juin 2012

Lettre ouverte à Béatrice Abovillier

Préfète de la Charente-Maritime


par Patrick Renzi



Lettre ouverte à Béatrice Abovillier
Madame,
 
Vous nous sensibilisez régulièrement sur la dégradation quasi constante de la Sécurité Routière et il ne se passe pas un grand week-end, sans que la Préfecture ne se fende d'un généreux communiqué de presse dans lequel vous alertez, détaillez, relevez, expliquez et bien évidemment, menacez. L'accidentologie est un fléau et pour combattre le mal, vous faites appel à l'ensemble des forces de l'ordre pour une plus grande sévérité avec, à la clé, renforcement des contrôles routiers et surtout, la sempiternelle accélération de l'implantation de nouveaux radars.

Et puis, comme à chaque fois, les chiffres demeurent mauvais et vient l'heure du communiqué mensuel dans lequel, cette fois, vous dressez le bilan peu glorieux des tués, des accidents, des blessés avec force détails, ratios et autres indications numériques, comparant vainement les années, à la recherche d'une nette amélioration qui ne vient jamais, et pour cause.

Au lieu de remettre en cause le fond et la forme, une fois de plus, toujours et encore, vous nous servez la traditionnelle litanie du 100% répression, persuadée que vous êtes, des bienfaits du coup de bâton dont nous voyons bien, vous et moi, qu'il ne sert plus à rien, galvaudé par des dizaines d'années d'exagérations malsaines qui ont installé, dans l'opinion publique, une résignation hostile.

En fait, dans l'insécurité routière comme dans le reste, les Préfets se succèdent, mais l'horizon demeure obstinément bouché.

Et si le moment était venu de ranger vos certitudes au placard des actes manqués. Si l'heure de la vraie concertation vous amenait à modifier judicieusement la composition du comité ad hoc pour lequel, vous n'avez pas fait appel à des personnes pour qui l'information routière, l'actualité automobile et les sécurités active et passive sont le lot quotidien.

Aveuglée par une législation désuète et une réflexion sur le sujet, inappropriée, vous semblez vous intéresser davantage aux chiffres que vous égrenez sans limite, qu'à la recherche concertée de solutions durables.

Hormis le fait de remplir à grands coups de millions d'euros, les caisses vermoulues de l'Etat, vous savez bien que de nouveaux radars ne serviront à rien. Pour porter ses fruits sur le terme et ne pas en dénaturer la finalité, la peur du gendarme doit être utilisée avec méthodologie pédagogique. Afin de ne pas galvauder et banaliser la nature répressive de la force publique, les contrôles doivent manifester une justification évidente ainsi qu'une sanction éducative et constructive. Car c'est bien là que le bât blesse et que réside l'échec de votre lutte contre l'insécurité routière.

Vous n'avez pas jugé utile de vous intéresser à notre projet concernant l'éducation routière débouchant sur un diplôme national gratuit du permis de conduire.

Alors que vous constatez, chaque mois, le désastre des accidents de la route accompagnés des pertes humaines et des blessés sans pour autant répondre par autre chose que plus de répression, nous préférons trouver dans la cause de ce désastre, le fruit d'une éducation sociétale déficiente qu'il faut revoir en profondeur.

En fait, dans les dédales dorés de notre République, je suppose que 4000 morts annuels sur nos routes ne sont que bien peu de chose par rapport aux 10000 décès par suicide, 20000 enregistrés au titre des accidents domestiques, aux 150000 imputés aux maladies cardio-vasculaires.

Et quand on sait que les radars ont rapporté plus de 600 millions d'euros à l'Etat l'an dernier, on se dit que nos dirigeants ne sont probablement pas décidés à tuer la poule aux œufs d'or de l'accidentologie routière qui fait toujours recette dans les chaumières. De là à penser que nous ne sommes pas prêts à trouver efficacement une solution, encore moins à la chercher, il n'y a qu'un pas. Il y a tellement à faire ailleurs…

Vous avez la lourde responsabilité de relayer la bonne parole de l'Etat dans la réalité de votre terrain départemental. Puissent, Madame, vos nuits, demeurer douces et paisibles, longtemps.
Avec toute ma respectueuse cordialité due à votre titre,


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