édito
21 Février 2012

Teheran, la belle excuse


par Patrick RENZI

Jamais décision n'aura été aussi commentée, décriée, rapportée, relayée... Pensez donc, l'Iran nous coupe les vivres, à nous, peuple développé en voie de disparition, à la solde du Moyen-Orient... Et alors? Qu'attendaient-ils ces artificiers à la petite semaine et ces moralistes à deux balles face à la force stratégique de l'Iran et aux pressions incitatives de ses nombreux copains de jeu.



Teheran, la belle excuse
A force de jouer avec le feu et de donner aux uns et aux autres des leçons de morale que l'on ferait bien de se mettre à profit, voilà que Mahmoud Ahmadinejad sonne la fin de la récré en bloquant ses livraisons de pétrole, nous, 5ème puissance du Monde... Enfin, c'est marqué dans les livres...
Soufflant tour à tour le chaud et le froid en prenant bien garde de ne pas déstabiliser les intérêts politiques de ses dirigeants successifs, la France a pris le risque de s'embourber dans des conflits qui ne sont pas les siens. D'ailleurs, pour Paris, la décision iranienne de fermer les robinets qui alimentent nos réservoirs est une aubaine..., du pain béni. Explications.

Teheran, la belle excuse
L'Iran, c'est quelques 3 petits pour cent de notre pétrole importé. Pas davantage! Alors, mettre sur le compte de l'ignoble Président iranien qu'il est, les futures hausses délirantes du carburant à la pompe, est un excès de zèle dont on se passerait volontiers à quelques semaines d'une élection présidentielle vitale pour l'avenir du "peuple de France" comme ils disent. 3 petits pour cent et l'on évoque déjà le spectre des 2 euros et plus car affinités, pour un litre de super... Ca s'appelle ni plus ni moins, nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
Car la vérité est toute autre. Pour des impératifs d'équilibres budgétaires et de balances extérieures, la France doit importer sur le terme, beaucoup moins de ce pétrole qui plombe ses déficits... ou pas...

Teheran, la belle excuse
Mais faire chuter les importations de brut, c'est prendre le risque de moins de recettes fiscales au moment même où les poches percées de Bercy sont la gangrène de notre Economie hyperlibérale. Mais nos énarques ne sont jamais très longtemps en reste quand il s'agit de nous concocter une ponction fiscale... Et le hold-up financier est redoutablement efficace. Importer moins, vendre plus cher et donc préserver les sources fiscales (Tipp) qui demeurent un pourcentage fixe sur le prix de vente. Pas étonnant que ces gougnafiers du dimanche refusent toute Tipp flottante...peu judicieuse et pour cause...  Ce serait mettre en péril un système qui fonctionne depuis des lustres. Certains se souviendront peut-être du premier choc pétrolier (1973 déjà!), puis du second et des suivants... A chaque fois, les prix se sont artificiellement et surtout mécaniquement envolés pour le plaisir des ministres et de leur Chef du moment, qu'ils soient de droite, de gauche ou d'ailleurs.

A trop tirer sur la corde, les consommateurs se retrouveront dans la rue puisque c'est, malheureusement, le seul endroit où ils peuvent être entendus, où les medias ébahis les regardent, les interrogent, parfois surpris, force est de le reconnaître.
Alors, vous pensez bien, l'Iran, dans tout cela, est bien loin de leur préoccupation du moment. Pendant ce temps-là, tranquillement, sur sa Terre d'Islam intégriste, Mahmoud Ahmadinejad fait son show, nargue l'Occident et prépare sereinement sa bombe atomique avec la bénédiction de tous ou presque. Et quand on voit ce que l'ONU fait pour la Syrie, on se dit que l'Iran peut dormir sur ses 2 oreilles. Qui pourrait se permettre de tenir tête à l'Iran sans prendre le risque d'un conflit mondial dont on n'est pas certain de connaître le vainqueur, encore moins d'en sortir vivant.

Teheran, la belle excuse
Il faut que chacun sache que le litre de carburant à la pompe dépassera gaillardement les 2 euros dans les prochains mois, puis 3 et 4 dans les années futures, que c'est écrit à l'encre invisible dans tous les programmes de tous les candidats, en France comme ailleurs. C'est écrit parce que, sous prétexte de la rareté du pétrole dont les réserves semblent s'épuiser au fil du temps, il faut le préserver... Vaste programme! Et je ne parle pas du réchauffement climatique, des émissions de CO² et de tout le toutim. Les écolos ne s'aperçoivent même pas que les puissances politiques historiques les utilisent pour formater l'opinion publique et les préparer à dépenser plus pour consommer moins. Au lieu de nous bassiner avec leurs éoliennes dont on peut craindre des effets néfastes sur les flux migratoires de certaines espèces ou leurs équivalences marines avec des influences nocives pour les courants marins..., ces pseudo-défenseurs de l'environnement seraient bien inspirés de descendre de leur nuage utopique. Il n'y a pas de solutions environnementales au sens noble du terme. Nous sommes condamnés à payer notre énergie plus chère, toujours plus chère, toujours trop chère... mais STOP!

Pas à cause du prix du pétrole par lui-même qui reste ridiculement bas par rapport à ce qu'il représente, mais à cause des taxes intérieures qui s'y collent et s'y recollent. Le prix de notre confort, de nos protections sociales, de nos erreurs du passé, du présent et du futur aussi... Alors quand vous verrez le litre de carburant à 2 euros, dites-vous bien que l'Iran n'y est pour rien. Juste un nouvel os à ronger qu'on nous balance pour nous occuper, tandis que la gabegie savamment entretenue depuis des lustres en toute légalité, laisse les plus pauvres crever dans leurs cartons alors que quelques copains s'en mettent plein les fouilles. Liberté, égalité, fraternité... ne sont que des mots!


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