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29 Mars 2010
évasion

Nice...

...d'azur et de couleurs

Alain INIAL

La côte d'azur renait au printemps et Nice, une de ses perles brille à nouveau dès le mois de février. Nice, la belle méditerranéenne « qui ne s'offre qu'à celui qui lui plait », c'est du moins ce qu'on raconte le matin aux Ponchettes (le marché quotidien) et le soir sur la promenade, celle des anglais, bien entendu !...



La cathédrale orthodoxe Saint-Nicolas
La cathédrale orthodoxe Saint-Nicolas
Car c'est un anglais, Tobias Smolett qui est à l'origine de l'appellation contrôlée de ce bord de mer niçois qui s'étend du château à l'aéroport de la cinquième ville de France, c'est-à-dire jusqu'au Var. Smolett traversa, un jour de 1763, le Var à " dos d' homme " pour arriver à Nice. Il est écrivain et journaliste et publie ses récits de voyage à l'attention de ses lecteurs anglais. Et l'Angleterre entière est surprise d'apprendre que dans cette contrée lointaine les amandiers sont en fleurs au mois de janvier et que les fleurs de mimosa éclairent déjà la cote. Il n'en faut pas plus à l'aristocratie anglaise pour décider que l'endroit est idéal pour passer l'hiver et faire de Nice une destination à la mode. Ces premiers " touristes " annexent par centaines la ville et la côte en général pendant près de deux siècles. La Reine Victoria y réside dans un appartement de l'hôtel Régina, l'Impératrice Russe Alexandra Féodorovna y passe également ses hivers, plus cléments, il faut bien l'avouer que ceux de Saint-Petersbourg. Elle y amène son fils, le Tsarévitch Nicolas Alexandrovitch dont la santé est chancelante. Ce dernier meurt à Nice en avril 1865 et c'est à l'emplacement de la villa qu'il occupait que se dresse aujourd'hui la Cathédrale Orthodoxe Saint Nicolas (c'est celle que la Russie veut aujourd'hui récupérer: ndlr).

La tête carrée par Sacha Sosno
La tête carrée par Sacha Sosno
C'est donc le début du tourisme et de la course au soleil et si Nice, et la côte, accueillent des hordes de vacanciers tout au long de l'année, il ne faut pas oublier de lever le nez et d'ouvrir les yeux si l'on veut avoir une chance de comprendre la ville. L'architecture y est très méditerranéenne, très colorée. S'ils ont les yeux tournés vers la mer, les niçois ont encore le pied planté dans la montagne dont ils sont issus, le Piemont, la Ligurie ou la Lombardie. Ce qui explique en partie leur caractère, souriant mais méfiant !

Bien sùr, quand on pense " Côte d'Azur ", on imagine les méméres à chien-chien, les fleurs et le carnaval (du mois de février) et les affaires (qu'elles s'appellent " Médecin " du nom de l'ancien maire ou " Spaggiari " pour le casse du siècle) mais Nice, c'est aussi l'avenir, la technologie, les building de verre et d'acier, les bars branchés et la culture omniprésente. Le Musée d'Art Contemporain est là pour amener une graine de folie au coeur d'une ville traditionnelle. Voir l'immeuble de bureau de la bibliothèque " la tête carrée " oeuvre de Sacha Sosno.


Architecture entre ocres et rouges
Architecture entre ocres et rouges
En parlant de tradition, la vieille ville à ne manquer sous aucun prétexte. Elle vit au rythme du soleil. La lumière du jour joue sur les façades colorées (ocres et rouges) de cet ensemble architectural des XVII et XVIIIèmes siècles. C'est un " consiglio d'ornato " (conseil d'ornement) émanant du roi Charles-Albert en 1832 qui fixe les règles de construction, les tracés des voies et des rues comme la couleur des bâtiments " entre le rouge et l'ocre de Sardaigne ". Si le " consiglio " disparaît avec le rattachement de Nice à la France en 1860, les recommandations ont depuis été reprises par les Bâtiments de France qui perpétuent la tradition. Les volets à lamelles, ancêtres de nos climatisations, viennent souligner ces façades et se ferment dès que le soleil inonde les ruelles étroites du vieux Nice.

 Mais pourquoi fait-il aussi bon dans le vieux Nice ? En fait, en se servant du bon vieux principe du thermosiphon, les architectes ont conçu un rafraichissement naturel des ruelles. L'air frais du bord de mer est aspiré dans les rues et les coursives parce que l'air chaud en est évacué dans chaque maison par les cages d'escaliers comportant chacune une ouverture. L'air chaud sort et aspire, par dépression, l'air frais. Quand je vous disais qu'il s'agissait là de l'ancêtre de nos clims !


Le port
Le port
Si tous les chemins mènent à Rome, à Nice, toutes les rues mènent vers le cours Saleya (c'est Louis Nucera qui l'écrit) et vers son marché aux fleurs. Un marché de producteurs locaux s'y tient tous les matins également (le lundi est réservé aux chineurs !). Là, l'odorat est en éveil. Les épices côtoient les légumes de saison, les fleurs de courgette, les pâtes fraiches ou les agrumes cultivés dans l'arrière pays (les oranges amères font une délicieuse confiture !).

Coté Gastronomie, Nice n'est pas en reste et les touristes reviennent rarement de la Côte d'Azur sans leur bidon d'huile d'olive, qui a obtenu son appellation AOC en 2001, les petites olives noires et la pâte (ou tapenade) à tartiner pour accompagner l'éternel Pastis. A visiter, sur le port, les confiseries de fruits confits, aux arômes de tout poil, oranges, citrons mandarines, etc … et puis l'histoire italienne de Nice s'inscrit dans sa gastronomie. Les pâtes sont présentes partout, pâtes fraiches, canellonis, panisses, les raviolis de la Maison Barale sans oublier les gnocchis à la farine de pomme de terre ou aux blettes. Côté table, la socca en entrée, cette grande crêpe de farine de pois chiche, l'anchoïade, les courgettes niçoises, la pissaladière, la porchetta et la liste n'est pas exhaustive …


Des personnages célèbres, Nice en a vu défiler (comme au carnaval) et même naître: Arman le sculpteur, Brea (peinture) ou Le Clézio, Romain Gary et Didier Van Cauwelaert chez les hommes de plume. Massena ou Garibaldi qui, avant d'être des noms de place ont été des militaires de haut rang; Les fréres Léotard, François, Ministre de la Défense et Philippe, à la défonce !. D'autres politiques avec Simone Weil ou Max Gallo et un cortége de chanteurs ou d'acteurs (Maurice Ronet, Dick Rivers, Georges Lautner, Michèle Mercier) mais les studios de la Victorine, aujourd'hui fermés, étaient à l'époque très prolifiques.

La colline du château (il n'existe plus) est un accueillant havre de fraicheur. Il suffit d'avoir le courage d'y monter pour gouter au silence et à la tranquillité des lieux. Le vieux cimetière est surprenant avec ses tombes en forme d'oeuvres d'art et c'est déjà la descente vers le port. Les yachts sont amarrés coté château, laissant le coté gauche du port (en regardant la mer) aux petites embarcations et aux fameux " pointus " bateaux de pêcheur typiquement niçois. Et si vous entendez tonner le canon, ça n'est pas signe de guerre … c'est tout simplement qu'il est midi. Un seul coup de canon pour dire aux commerçants de baisser le rideau … et aux vacanciers que le " petit jaune " est servi.

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