Les voitures chinoises de 2011
revue de détails
par Joest Jonathan Ouaknine
Ces dernières années, les voitures Chinoises ont déclenché bien des fantasmes. Les uns voient les Chinois comme de très mauvais copieurs. Les autres les imaginent très intelligents, capables de faire mieux que l’original, tout en abaissant les prix. Vers 2006-2008, beaucoup de marques Chinoises s’étaient invitées dans les salons Européens. Ils étaient alors à « ça » d’y vendre. Depuis, ils semblent avoir rebroussé chemin. Alors, où en sont-ils vraiment ? Que valent leurs dernières créations ? Quelles sont leurs plans à l’export ? Pour y répondre, voici les 10 derniers modèles des 10 marques Chinoises les plus ambitieuses.
BRILLANCE
Brilliance était venu au Mondial de Paris 2008. Avec ses berlines premium dessinées par Guigiaro, il comptait s’attaquer au vieux continent. Mais à cause de moteurs poussifs, de prix inadaptés et de résultats de crash-test désastreux, l’importateur fit faillite. Le constructeur a bien failli laisser sa peau dans cette aventure Européenne. Aujourd’hui, il reprend enfin des couleurs et lance de nouveaux modèles. La H530 est le premier élément de ce renouveau. Il sera bientôt suivi d’un SUV, puis d’une citadine. Cette berline au style très inspiré de l’Audi A4 est pour l’instant uniquement proposée avec un 1,6l 118ch. Prix : à partir de 86 300 yuans (9 800€.) On l’a dit, Brilliance est convalescent. A l’exportation, il choisit une politique de petits pas. Il est ainsi présent pour l’instant uniquement au Chili et en Egypte. Il n’ose même plus songer à l’Europe…
BYD
A l’origine, BYD produisait des batteries de téléphone portable. En 2004, il a racheté un constructeur à la dérive, rebaptisé BYD Auto. Sa stratégie a consisté à envahir le marché en produisant un maximum de voitures et en multipliant les rabais. Mais depuis 2009, il profite de son premier métier, pour développer des voitures propres, équipées de batteries performantes et peu chères. Après l’hybride F3 DM et l’autobus électrique K9, il s’apprête à lancer un monospace électrique, l’e6. L’e6 possède un moteur électrique de 160kW (soit environ 220ch.) C’est un monospace 5 places, capable d’atteindre 160km/h. Son autonomie est de 300km et avec un chargeur rapide (également construit par BYD), il récupère 80% de son autonomie en 15 minutes. Prix : environ 300 000 yuans (34 000€.) Un monospace tout électrique capable d’offrir les prestations d’un monospace « normal », avec un prix contenu ? Les Japonais sont sceptiques à la lecture de la fiche technique. Et pour cause : même la Nissan Leaf est beaucoup moins performante que l’e6. Depuis le printemps 2010, un e6 « 1.0 » est proposé aux flottes Chinoises. Une version « 2.0 » va arriver en concession ces jours prochains. La prochaine étape sera les Etats-Unis. le milliardaire Warren Buffet (qui possède 10% de BYD) a largement financé son industrialisation et son adaptation au marché US. Aucun projet sérieux pour l’Europe n’a été annoncé.
CHANGAN
ChangAn est un équipementier militaire né au milieu du XIXe siècle. La Chine de Mao l’oblige à produire des tout-terrains, puis des camions. Depuis les années 80, il assemble des Suzuki, auxquelles il a rajouté récemment des Ford, des Mazda et des Volvo. Ford et Suzuki l’ont forcé à racheter leurs autres partenaires Chinois, respectivement Jiangling (les SUV Landwind) et ChangHe-Hafei. ChangAn est le quatrième constructeur Chinois. Il vient de passer un accord avec PSA. Mais à l’instar des autres grosses structures Chinoises, il a du mal à développer sa propre marque. Lors du dernier salon de Francfort, il a bluffé son monde en présentant la berline Eado. Les informations sont plutôt rares sur l’Eado. Il s’agit en fait d’une version profondément remodelée d’une berline existante, la V101. Elle inaugure un 1,5l turbo « bluecore » dont on sait qu’il n’émet que 120g de CO2. ChangAn prétend également que son bébé « vaut » 4 étoiles au crash-test Euro-NCAP. Prix estimé : 100 000 yuans (11 400€.) Jusqu’ici le constructeur exportait très peu. Il a fondé une cellule de veille à Détroit et il dispose d’un bureau de design Anglais. Il a par ailleurs racheté Yunmei Power, un fabricant Chinois de diesel, afin qu’il lui construise des mécaniques pour voitures. Est-ce que ChangAn place ses pions pour envahir l’Europe ? Ou bien s’agit-il d’autant de coquilles vides ?
MESSI
« Messi » comme Leonardo Messi. Le footballeur Argentin a accepté de donner son nom à la plus puissante des Chery. Avec une douzaine d’années au compteur, ce constructeur est un vétéran du marché Chinois. Il s’est fait connaitre avec la QQ, un clone de Daewoo Matiz et la Cowin, une ancienne Seat Toledo rebadgée. En utilisant leurs plateformes, il a pu se créer toute une gamme. Ensuite, il s’est diversifié, devenant discrètement le premier constructeur « pur ». Aujourd’hui, il dispose de 3 sous-marques : Rely (SUV), Riich (premium) et Karry (utilitaires.) La G5 se vante d’être la première voiture Chinoise à avoir roulé sur le Nurbürgring, en 2009. Elle a d’abord été proposée dans une version 2,0l turbo 158ch. Une version 2,0l atmo 139ch vient d’arriver. Quant à la Messi avec 2,0l à injection directe 196ch, elle se fait attendre. Dommage, car c’est l’une des premières Chinoises ouvertement sportives. Prix : 99 800 yuans (11 300€.) Chery est le premier exportateur du Pays du Milieu. Il écoule environ 20% de sa production. En Amérique du Sud et dans l’ex-URSS, il commence à faire partie du paysage. La G5 devrait être exportée en 2012. En Europe, pour l’instant, il se contente de la Serbie. Pour le reste du continent, il faudra attendre au moins 2015, le temps qu’il conçoive une nouvelle génération de voitures.
GEELY
Geely, c’est l’histoire incroyable de Li Shu Fu. Ce fils de paysans du fin fond du Zhejiang rêvait de construire des voitures. Non seulement, il doit se battre pour trouver de l’argent, mais en plus, l’état n’aime pas les initiatives privées, a fortiori venant de campagnards. En 1998, la « China Geely » commence à assembler des citadines. Son crédo est de fabriquer des voitures extrêmement bon marché et en faisant appel à la mythologie Chinoise. A l’entrée de la Chine dans l’OMC, l’état révise son opinion sur les entrepreneurs. Li, l’ex-paria, devient délégué local du Parti. Malheureusement, Geely n’a pas grandi aussi vite que les autres. En 2009, le constructeur a voulu se relancer avec l’EC7. Il vient d’en présenter une version remaniée, censée partir à la conquête du monde. L’EC7 « 2012 » reçoit un 1,8l à distribution variable 138ch. Cette mécanique a été retravaillée pour la rendre plus économique et moins polluante. Prix : 109 800 yuans (12 500€.) A l’export, Geely n’est plus trop le bienvenu. Sa berline « Freedom Vessel » avait tendance à tomber en morceau au bout de quelques milliers de kilomètres (le temps que l’importateur disparaisse dans la nature.) Elle détient également les plus mauvais scores aux crash-test Australiens et Brésiliens. Geely tente aujourd’hui de (re)conquérir les Chiliens, les Russes et les Taïwanais. Il est l’actionnaire principal de London Taxi. Ce dernier assemblerait les EC7 destinées à l’Europe. Un mécano plausible. Néanmoins, une rumeur dit que le rachat de Volvo par Li Shu Fu l’aurait laissé sur la paille.
GAG
La première automobile construite par le Guangzhou Automobile Group (GAG, ça ne s’invente pas !) était une Peugeot 504 pick-up ! Depuis, le constructeur a fait beaucoup de chemin. Il est désormais l’un des partenaires de Honda, Toyota et Fiat. Comme ChangAn, il porte désormais ses efforts sur sa marque « pure », GAC. Il a également racheté les fabricants de SUV Chengfeng et Gonow. En parallèle, il a lancé fin 2010 sa première berline, la Trumpchi. A travers ses liens avec Fiat, GAC a récupéré moteurs et châssis. La Trumpchi est ainsi une Alfa 166 recarossée. Elle dispose au choix d’un 2,0l Twin Spark 150ch ou d’un 1,8l Mitsubishi 144ch. Prix : à partir de 109 800 yuans (12 500€.) Chengfeng et Gonow s’étaient tous les deux lancé dans des projets d’export trop ambitieux par rapport à leurs moyens. Il n’en reste plus grand-chose. Quant à GAC, la marque progresse à un train de sénateur, avec un SUV prévu en fin d’année. L’exportation n’est pas encore à l’ordre du jour.
GREAT WALL
Lao Tseu a déclaré : « Assieds-toi au bord de la rivière, tu verras passer le cadavre de ton ennemi. » Cela résume assez bien la première stratégie de Great Wall. Au moment de sa fondation, il existe une centaine de constructeurs de SUV et de pick-up bas de gamme, comme lui. A l’aventurisme commercial et industriel de ses concurrents, Great Wall choisit une stratégie de progrès mesurés, mais continus. Vers 2008, ses rivaux s’éteignent un à un et Great Wall peut ainsi rafler la mise. Puis il se diversifie vers les citadines et plus récemment, dans les berlines 4 portes. En 2011, il passe à la vitesse supérieure dans les SUV, avec le H6, un véhicule beaucoup plus moderne que ses prédécesseurs. Le H6 est proposé avec un 2,0l Mitsubishi 133ch. Les Chinois n’achètent pas de diesel, mais Great Wall a bien compris que ce type de motorisation est vital à l’export. Ainsi, le H6 reçoit également un 2,0l turbo-diesel 150ch « maison ». Cette mécanique sera montée sur ses berlines, toujours en vue de l’export. Prix : à partir de 95 800 yuans (10 900€.) Avec ses SUV à prix mesurés, il commence à faire son trou en Australie, en Russie et même en Italie. C’est aujourd’hui le deuxième exportateur Chinois, derrière Chery. Pour l’instant, il compte surtout quadriller l’Amérique Latine et l’Europe Orientale.
LIFAN
Lifan adore déjouer les pronostics. En 2005, ce fabricant de motos, de poids-lourds et de climatiseurs dévoile sa première voiture. Les observateurs lui rient au nez : le marché Chinois est déjà saturé et il n’y a donc plus de place. En 2008, pour financer sa croissance, Lifan vend des parts à l’Américain AIG… Qui fait faillite peu après. Ca ne l’empêche pas de poursuivre. Avec 4 modèles et une soixantaine de milliers de ventes cette année, il reste un constructeur confidentiel. Mais il est l’un des principaux acteurs Chinois hors du pays (on y reviendra.) La citadine 320 fut lancée en 2010. Ce n’est pas leur dernier modèle, mais c’est la plus intéressante. L’air de parenté avec la MINI est carrément revendiqué et comme la vraie, la 320 participe à des rallyes ! Son moteur Tritec 1,3l 88ch est une mauvaise copie de celui de l’ancienne MINI. Le tarif démarre à 35 900 yuans (4 000€.) A l’export, Lifan possède une stratégie Chinoise « old school » : s’implanter un peu n’importe où, sans réelle vision. Grâce à ses prix bas, la 320 séduit en Amérique du Sud et en Russie. Pour autant, à moins qu’un importateur ne saute le pas (ce qui a été le cas de Martin Motors, en Europe Centrale, vers 2009), Lifan ne devrait pas venir chez nous.
LOTUS
« Lotus », comme le constructeur Anglais et c’est parfaitement légal ! Le Malaisien Proton cherchait quelqu’un pour produire ses voitures, sous licence, en Chine. Peng Young, roi de l’autocar, accepte, à condition que ses voitures soient badgées « Lotus ». Le premier modèle, la RCR (renommée plus tard L3) est une Proton Gen-2. Peng est aussi un roi du marketing : il aligne des L3 en rallye et a recruté un jeune mannequin Brésilien censé ressembler au Prince William. Avec tout cela, il crée une tambouille sur sa marque « Européenne » et « sportive ». Aujourd’hui, Lotus-Youngman veut devenir un constructeur à part entière. D’où cette L5, en attendant un SUV. La L5 est en fait une Proton Gen-2/Lotus L3 rallongée et recarossée. Un travail signé Lotus Engineering. Le moteur est identique : un 1,6l 112ch. Prix : environ 100 000 yuans (11 400€.) L’état Chinois tarde un peu à lui donner une autorisation de production. Mais dans les prochains jours, elle devrait enfin arriver en concession. Pour l’instant, Youngman n’exporte pas. Néanmoins, il ne compte pas rester éternellement le vassal de Lotus et Proton…
MG
En 2005, les Chinois NAC et SAIC se battaient pour les restes de MG-Rover. Propriétaire de MG, NAC s’est contenté de relancer d’anciens modèles. Alors que SAIC préparait une gamme de nouveaux modèles, sous la marque « Roewe » (ils n’ont pas le droit d’utiliser le nom « Rover ».) NAC fait faillite fin 2008 et SAIC l’a racheté. SAIC a entrepris de revitaliser MG. Sortie au printemps, la citadine MG3 est totalement inédite. Elle se veut sûre, moderne, bien équipée et bien finie. Un pari gagnant, car elle permet à MG de doubler ses ventes. Elle dispose d’un 1,3l 67ch et d’un 1,5l 107ch. Un 1,5l turbo, avec une présentation plus sportive, est prévu. Depuis l’automne, il en existe également une version « crossover », la Xross. Prix : à partir de 69 700 yuans (7 900€.) MG exporte dans une dizaine de pays, dont l’Afrique du Sud, le Brésil, le Chili ou Dubai. Mais il n’y vend que quelques dizaines de voitures par mois. En Grande-Bretagne, il a conservé une partie de l’usine de Longbridge. Il y assemble un autre modèle, la berline MG6. Là encore, seule une poignée de modèles trouve preneurs. La MG3 devrait arriver fin 2012. Le modèle sera totalement revu pour l’Europe et il disposera d’un diesel.
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