Toyota Avensis SW 2.0 124 D-4D FAP Lounge...
…lifting au rabais
Sophia Antipolis - Le design n'a jamais été la tasse de thé de Toyota qui a souvent doté ses modèles de lignes désespérément banales et insipides, excepté pour certains coupés. L'arrivée de la dernière génération de Yaris, il y a quelques mois, a enfin quelque peu amélioré les choses sans pour autant venir titiller l'excellence, loin s'en faut. C'est aujourd'hui au tour de l'Avensis de s'offrir un lifting dans le Centre Technique Européen situé à quelques encablures de Nice... Une première
QUELQUES GENERALITES
Pour être honnête (aïe, je vais encore déplaire au Service Presse du Constructeur qui ne va plus nous inviter! Et oui, chez ces gens-là, c'est au mérite qu'on avance...), l'Avensis n'a jamais affolé le chaland et ses ventes sont, somme toute, restées dans une confidentialité inquiétante. Il faut dire que les designers de l'époque avaient particulièrement été ingrats avec elle en la dotant d'une allure anodine et que ni la finition, ni la qualité perçue n'étaient au rendez-vous. Extérieur à redynamiser, qualité intérieure, confort, comportement, insonorisation à améliorer, taux de CO² à maîtriser... Au total, 5 défis majeurs que le géant nippon aura du mal à relever. Depuis 2008, la concurrence de tout poil s'est si bien organisée que Toyota, fort de son ex-titre mondial de numéro 1 qu'il n'a pas su conserver, devait se ressaisir. Mauvaise nouvelle: la version 5 portes hayon est sacrifiée... Ca commence mal!
LE TOUR DU PROPRIO
En évoquant un nouveau langage stylistique, on pouvait légitimement penser que Toyota allait révolutionner le marché. Que nenni! Bien sûr, d'une façon générale, les designers ont dépoussiéré l'ancienne Avensis qui en avait bien besoin en modernisant un tantinet la fluidité de quelques lignes, en redessinant les optiques avant, la calandre trapèze (ils appellent ça le design Under Priority et l'effet Keen Look... ils sont fort ces Japonais!). Pour l'arrière de la berline, rien de révolutionnaire hormis un bouclier revisité (vous savez le coup du liseré noir et de la baguette chromée, ils appellent ça, l'élégance... moi ce que j'en dis!). Enfin, pour le break "maouss costo" qui nous occupe ici, on ne change rien... Ben voyons! Heureusement, Toyota innove avec UNE nouvelle teinte pour tout le monde, le Rouge Grenade... à la place du Persan... Décidément, rien ne nous sera épargné!
ESPACE INTERIEUR
Quand on pénètre dans l'habitacle, une morosité ambiante nous envahit... ambiante et sobre. On peut certes jouer la carte du conservatisme abouti qui sied généralement bien sur des berlines un brin premium, mais pour l'Avensis, c'est un peu trop chip! Un bon point pourtant à la qualité perçue et au ressenti en nette progression par rapport à la génération précédente il est vrai très mal dotée en la matière. Les sièges ont été redessinés et leur maintien est mieux assuré. La planche de bord, au demeurant conçue avec soin, ne convient pas à une berline familiale de ce segment. A force de tirer sur les coûts de revient pour assurer des marges confortables et de juteux dividendes aux actionnaires, on en vient à passer à côté de choses élémentaires et parfois essentielles au moment de la signature du bon de commande. C'est probablement comme ça, qu'on descend du podium. Il faut savoir respecter ses clients et les coucouner. A ce niveau tarifaire qui dépasse largement la barre des 30000 euros, on peut se permettre d'être plus regardant. Heureusement, la place ne manque pas, que ce soit à l'avant ou à l'arrière et le volume de chargement permettra certaines largesses quand il faudra emmener toute la petite famille avec armes et bagages, sans oublier Médor. Quant au système Toyota Touch & Go (oubliez la version basique peu palpitante), il reste un des meilleurs du crû.
ASPECT TECHNIQUE
Il y avait un tel retard sur les prestations offertes par l'Avensis de 2008 que les nombreuses améliorations apportées sur la génération 2012 ont à peine replacé ce modèle dans la moyenne. Si la caisse bénéficie d'une rigidité mieux maîtrisée et si les différents réglages ont été optimisés, il a fallu sacrifier une partie du confort de suspension pour offrir enfin une tenue de route plus en phase avec la production actuelle. Si cela ne surprendra pas nos amis germaniques habitués à ces conforts, on n'est pas à l'abri de réaction hostile de la part de nos acheteurs français, plus soucieux de leur plaisir de vivre. Une fois n'est pas coutume, nous avons été agréablement surpris par la nouvelle direction assistée électrique plus directe, plus précise aussi qui facilite les manoeuvres urbaines de ce SW dont la visibilité arrière et 3./4 AR n'est pas un modèle du genre. Il faut dire, à sa décharge, que la ceinture de caisse est si haute, que les parties vitrées sont réduites pour bonne part. Enfin, des artifices désormais universels destinés à descendre les émissions de CO² en deçà des 120 g/km (oups...119 pour notre SW, c'est passé juste!), l'Avensis 2.0D 124 en possède à la trace... groupe motopropulseur plus léger, boîte plus compacte, réduction des frictions, optimisation du rendement de la combustion, turbo à commande électrique, couple plus ambitieux, pompe à huile à double étage,... bref, le grand jeu que l'on retrouve désormais dans toutes les bonnes épiceries! Le moteur est plus silencieux, c'est vrai, mais les consommations qui se situent dans les moyennes rencontrées (4.5 litres en mixte). Pas mal pour un break!
SUR LA ROUTE
Au fond, le plus gros progrès de la nouvelle Avensis demeure la qualité perçue et le silence de fonctionnement pour peu qu'on n'aille pas chercher les tours ultimes du moteur facilement dépassé. Ce dont on peut parfois être tenté au moment des reprises. Car un des gros points noirs de la version 2.0D 124, en essai aujourd'hui, réside dans la passivité de son moteur, presque nonchalant. Mal relayé par une boîte dont les rapports ultimes ne servent pas à grand chose au quotidien, tellement ils sont longs, si longs, ce moteur est souvent à la peine. Du coup, on se surprend à tomber les rapports de boîte, monter dans les tours…, et les décibels déferlent aussi vite que les décilitres de gasoil dont l'Avensis est alors friande. On ne reviendra pas sur la visibilité aléatoire vers l'arrière, ni sur le confort de suspension peu douillet, mais on aura vraiment apprécié la direction réellement bluffante, la place aux jambes tant pour l'avant que pour l'arrière et ces sièges dont la position de réglage optimale n'est pas facile à trouver. Enfin, si l'équipement est satisfaisant en considérant le tarif pas franchement promotionnel, on restera insensible à quelques unes de ses vertus routières, tellement cette Avensis affiche une passivité éreintante.
CONCLUSION
On attendait beaucoup de cette seconde génération d'Avensis dont la devancière n'avait franchement pas convaincu. On l'attendait plus belle, plus racée, plus moderne, plus fluide, on la découvre classique, anodine, triste et bien ordinaire. On la souhaitait performante, confortable, économique et accessible, on la sent passive, rustre, ordinaire et chère. Bien sûr, des progrès ont été faits et de multiples améliorations sont venues combler de graves lacunes. On saluera l'habitabilité surprenante du SW, la douceur de sa direction, l'insonorisation soignée, la sécurité embarquée actuelle, l'équipement complet sur notre niveau de finition Lounge, le système Touch & Go et une recherche effrénée de la chute libre du taux de CO² émis au prix, il est vrai, de choix parfois invalidants au quotidien. Mais cette nouvelle Avensis est trop fade pour nous séduire, pas assez séductrice pour nous piquer au jeu et quand on scrute sa grille tarifaire, on se dit qu'il y a nettement mieux ailleurs. Dis, Monsieur Toyota, c'est pour quand la version 3?
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