QUELQUES GENERALITES
Je ne sais plus s'il était 9 heures ou 9 h 10 quand le spectre Clio Estate envahit nos esprits en même temps que l'espace de notre salle de presse. Il devait être à peu près la même heure quand la remplaçante de feu l'Estate 3 mit un coup d'arrêt à la carrière en demi-teinte de sa devancière, conçue à la hâte pour combler un vide (déjà!), affublée d'un horrible sac à dos en guise d'espace de chargement et peu destinée à une carrière longue. Tout de rouge flamme revêtu, le nouveau break Clio Estate donne enfin l'illusion d'une esthétique travaillée… Ca nous change.
LE TOUR DU PROPRIO
Personne ne reviendra sur la partie avant dont le visage grossier a été entièrement repris à la berline et dont les barettes de leds qui font office de feux diurnes semblent grossièrement rapportées de chez Leroy ou Casto, encore moins sur cette épaisseur de calandre disgracieuse conçue avant tout pour protéger le piéton et récupérer les bonnes étoiles du crashtest. Pour une fois, force est de reconnaitre que la partie break de notre Estate est parfaitement intégrée à l'ensemble. En fait, comme la berline, c'est de l'arrière que la personnalité de la voiture s'affiche à son crédit. Les faces latérales ont été dessinées dans un souci de légèreté évident. Ligne de toit fuyante, pieds milieux peints en noir donnant l'illusion d'un ensemble vitré profilé, jantes surdimensionnées, notre Estate en jette. Mais tout cela n'est qu'illusion.
ESPACE INTERIEUR
Car tout se gâte à l'intérieur, à commencer par ces parties vitrées latérales et arrière, style meurtrière, qui ne laissent qu'un minimum syndical de visibilité ¾ et arrière. Et puis il y a cette planche de bord dont le revêtement coloré, de qualité moyenne, ne saura convaincre que les fans et je n'évoque même pas les reflets dans le pare-brise. Le pire sont les inserts personnalisés hâtivement rapportés sur le volant, l'embase du levier de vitesses… où certaines épaisseurs paraissent avoir été calculées au boulier. Nous sommes loin des assemblages rigoureux que nous croisons désormais régulièrement et Renault a bien du mal à se défaire des mauvaises habitudes d'antan.
ASPECT TECHNIQUE
Bien entendu, dans ce chapitre technique, ne vous attendez pas à des surprises. On retrouve ici le vieux 1.5 dCi qui n'en finit pas de se reproduire et qu'on retrouve à tous les niveaux de la gamme Renault. Pas la peine de faire le cake sur les circuits de F1 quand on n'est pas capable de faire un moteur diesel moderne. Bien sûr, on nous refait le coup de la cartographie améliorée pour faire croire aux acheteurs que la Clio ne consomme que 3.2 litres de Gasoil en mixte. En fait, nous dépasserons allègrement les 6.5 litres sur le parcours. Une info qu'il est bon de savoir au moment du choix final. Pour un peu, j'allais oublier de vous parler de "R-Link, la tablette intégrée connectée au véhicule et à internet" sic. On se demande encore pourquoi nos véhicules d'essai n'en étaient pas pourvus excepté un dont l'utilisation R-Link nous a paru gadgétisée. Serait-ce encore une de ces fausses bonnes idées de Renault décidément en panne d'inspiration?
SUR LA ROUTE
Si l'habitabilité est suffisante, le confort de suspension quoiqu'encore acceptable, a été bien raffermi pour cette variante break destinée par définition, à la charge. Un brin tape-cul dès que le bitume se dégrade ou que l'on croise les pièges de la cité, le ressenti n'est pas des plus agréables. Autre point noir, l'insonorisation que les ingénieurs Renault n'ont pas jugé utile d'améliorer tant sur la berline que sur le break. En fait, le but de Renault ne semble pas de créer des autos sans faille, mais de mettre sur le marché des modèles globalement satisfaisants, sans plus. Dans ce cas, pourquoi les vendre si chères? Car dans le cas qui nous occupe, 22000 euros pour une Clio, même Estate, c'est beaucoup trop. De quoi détourner les clients potentiels vers des modèles concurrents. Sauf à jouer les remises démesurées en pied de bon de commande, et dans ce cas, quid des tarifs annoncés? Heureusement pour elle, la Clio Estate a conservé la rigueur de sa tenue de route, la douceur de sa direction et l'efficacité de son freinage. Mais tout cela ne sera bientôt plus suffisant pour attraper le chaland dans les filets.
CONCLUSION
Pendant que Renault investit des milliards d'euros dans ses fichus modèles électriques qui n'auront pas le temps de faire carrière avant la pile à combustible et le reste, le cœur même de sa raison d'être actuelle souffre et végète. Le roi Carlos s'entête et devient le pire obstacle au nouvel élan de Renault. Inexorablement plus proche de Nissan dont il a toujours privilégié l'essor, cet homme du Monde n'en a que faire de la France, de sa population, de ses usines. La gamme Renault n'a jamais été aussi peu crédible. Entre des Koleos et Latitude coréennes, des Twingo sans grand intérêt, des Mégane à bout de souffle et des Laguna moribondes, Renault sombre inexorablement dans l'indifférence. La Clio aurait pu être une première porte de survie, mais la qualité de ses finitions et ses tarifs de vente seront rédhibitoires. Et puis, contrairement à la berline, l'Estate est fabriquée en Turquie… Dommage! Incorrigible Carlos!

Berline
Renault Clio Estate Energy dCi 90 Dynamique






















