l'écran vert de nos idées
Porte de Versailles, Paris, le 30 Septembre 2010, la foule des journalistes se presse et on se demande bien pourquoi. Les tapis rouges sont de sortie et les hôtesses ont peaufiné leur rôle éphémère de naïades au service des marchands du temple.
L’immense écran vert qui vient masquer, pour le meilleur (peut-être) mais sans doute pour éviter le pire à cette fête de l’automobile, cette vieille dame plus que centenaire et continuer pour quelques jours à la faire rêver. Et si ce n’est elle, du moins faire espérer des jours meilleurs aux actionnaires des sociétés qui viennent à Paris vendre une part de rêve. Peut-être a-t-on quelques raisons de continuer, nous aussi, à rêver même si notre génération « vroum-vroum » cède la place aux voitures dites écolos. Un long chemin reste à parcourir pour notre compagne de tous les jours avant de devenir politiquement et « polluement » correcte. La grand messe de l’automobile vient de carillonner, que tous les croyants se rendent en cortège vers le lieu magique ! Une messe placée à tous les niveaux sous la bannière étoilée de l’environnement, sous le signe du respect de l’air qu’il nous est encore permis de respirer. Les technologies vertes, les énergies du futur, l’écomobilité, les voitures électriques et leurs centres d’essai, et même, fin du fin, les cours et les conseils que l’on peut prendre ( et payer…) pour adopter une conduite écologique.
Oui, vraiment, les générations « vroum-vroum » ont rejoint le musée de l’automobile, les fous amoureux du champignon se contenteront du panier de girolles et les excités de l‘accélérateur n‘auront plus que le circuit et les jeux vidéos. La voiture est recouverte de feuilles vertes, à l’instar du petit bonhomme qui prête de l’argent (dans les spots télé) mais les feuilles sont tombées de cet arbre qui cache la forêt; disons le tout haut: les français ne sont pas prêts à franchir le pas. La voiture électrique, c’est pour après-demain, demain elle polluera sans doute moins, bien que derrière les chiffres affichés en grande pompe sur les portières se cachent d’autres réalités. Mais pour aujourd’hui, le consommateur reste fidèle à … son porte monnaie et n’est pas résolu à franchir le pas. Il est sensible néanmoins au jeu du « qui perd gagne » et l’envolée des bonus malus reste une question récurrente.
Il faut dire que l’offre n’est pas très réjouissante. Opter pour une voiture électrique, il vous en coûtera quelques euros de plus que pour la plus belle des berlines, c’est comme ça, les chiffres sont là. Et votre autonomie sera limitée, même très limitée. Une centaine de kilomètres en moyenne à condition de ne pas allumer ses phares, ni les essuie-glaces, et surtout de se passer de chauffage. Pas de vitres à commande électrique, pas de « désenbuage » avec la clim (quand elle existe) sinon votre parcours sera réduit de moitié. Autant dire qu’il s’agit encore de voiture permettant d’aller acheter le pain et le journal en vitesse le matin, à condition de bien vite rentrer à la maison pour recharger la batterie. Il convient d’ajouter à cela le manque de station de recharge sur tout le réseau français et l’on voit mal le conducteur s’arrêter tous les 70 Kms et attendre une demi-heure avant de repartir en cherchant qui, dans les villages traversés, acceptera de lui prêter une prise électrique. Les marchands de pétrole ont encore de beaux jours devant eux.
Les candidats à l’achat se tournent naturellement vers des voitures de moyenne gamme, voire des petites voitures, souvent des entrées de gamme mais ils aiment rêver et le passage par la porte de Versailles reste une promenade incontournable. Le rêve ce sont les voitures stars bien entendu, comme la nouvelle C4, la Peugeot 508 ou Zoé, la petite Renault que la firme au losange annonce pour 13000 €, le rêve c’est la gamme Porsche, la Maybach, (un chèque de 544600 € devrait suffire pour l’acheter !), les Rolls indémodables ou la classieuse Jaguar …
Une centaine de nouveaux modèles sont exposés à Paris et les constructeurs rivalisent d’ingéniosité pour expliquer leurs différences. D’ailleurs le salon de Paris a toujours été un lieu de découverte depuis 1889 pendant l’Exposition Universelle ou, sous des regards ébahis, les visiteurs voyaient pour la première fois des voitures « sans chevaux ». Dix ans plus tard, une poignée de passionnés organise la première « Exposition Internationale de l’Automobile, du Cycle et des Sports ». 6000 m2 et deux cent vingt exposants qui sont vite obligés de s’installer au Grand Palais. L’histoire est en marche et le cap du millions de visiteurs est franchi en 1954. Les années se suivent sans pour autant se ressembler, les constructeurs présentant également leurs nouveautés dans les autres salons à travers le monde. L’automobiliste est, quant à lui, fidèle et tous les deux ans, l’automne parisien voit voler les feuilles … des carnets de commande.
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