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édito
15 Juin 2011

Bien sûr qu'Aulnay fermera...


par Patrick RENZI

La France est à l'agonie. En acceptant le challenge européen de la mondialisation, ses gouvernants ont volontairement oublié que les Français sont des latins. Laxistes quand il s'agit de relever les manches, noyés dans un dédale législatif délibérément complexe, harcelés par des pouvoirs rongés par les scandales, ponctionnés de toute part pour combler les déficits dont ils sont souvent responsables, les Français n'ont plus aucun goût au combat.



Bien sûr qu'Aulnay fermera...

Bien sûr qu'Aulnay fermera...
Mais force est de constater que toutes les pierres ne peuvent pas leur être jetées, car trompés par des promesses électorales jamais tenues, ils sont devenus les dindons d'une farce gouvernementale redondante, au point de ne plus accorder de confiance aux hommes et aux femmes politiques dont les uniques buts sont de se glorifier aux frais du contribuable en faisant le jeu de quelques ténors attentistes.
Pays des droits de l'homme, la France en a oublié ses devoirs, ne serait-ce qu'à l'égard de ses concitoyens qu'elle traite avec mépris et dédain.
Des grands patrons voyous aux richissimes actionnaires insatiables, des présidents bling-bling aux élus corrompus, notre Pays n'offre plus aucun modèle de vertu à ses concitoyens qui n'en peuvent plus de se faire berner et qui se sont génétiquement résignés en perdant le goût du travail et de l'effort.

Bien sûr qu'Aulnay fermera...
Savamment entretenue par les fameux relais d'opinions dont on peut dire le plus grand mal, l'idée de mettre dans le même sac tous les patrons d'un côté, tous les ouvriers de l'autre est une hérésie totale. Plomber les PME PMI, petits commerces et autres artisans de la même manière que les grandes filiales industrielles ressemble plus à un homicide volontaire qu'à une remise de légions d'honneur. En asphyxiant financièrement notre tissu économique local, les grands penseurs qui hantent les dorures de nos administrations nuisibles, font le jeu des richissimes groupes industrio-ravageurs qui délocalisent à tout va, en toute impunité.
Et personne ne peut compter sur nos syndicats pour arranger les choses. Contrairement à l'Allemagne où les organisations ouvrières sont de véritables interlocuteurs puissants et de sérieuses forces de propositions constructives, de ce côté-ci de la frontière, ils ne sont que des ramifications plus ou moins accoquinées à des partis politiques identifiés. A gauche comme à droite, on joue sur tous les tableaux, chacun y allant de son slogan plus ou moins bâclé pour semer un peu plus le trouble dans l'opinion publique. Chez les syndicats comme chez les autres partenaires dits sociaux, l'essentiel est de sauver la face, préserver ses avantages, le bien du petit peuple restant bien éloigné des préoccupations finales.
Et puis, de toute façon, à l'arrivée, les uns comme les autres trinqueront très souvent autour de la même bouteille...parfois même boiront-ils dans le même verre.

Bien sûr qu'Aulnay fermera...
Année après année, la chianli et l'immobilisme se sont confortablement installés en France au point d'anesthésier toute volonté de certains de sortir de la mélasse.
Année après année, les acquis sociaux se sont multipliés au point d'atteindre un coût inavouable, définitivement gangréneux pour nos équilibres budgétaires et nos balances extérieures.
Année après année, notre belle République est devenue bananière et chaque responsable ne vit que pour sa paroisse, oubliant son prochain et ce pour quoi il est souvent grassement rémunéré.
Année après année, les impôts se sont ajoutés aux taxes et autres prélèvements, les artifices fiscaux se sont amplifiés et les ponctions ont dépassé les limites du soutenable.
Année après année, la France a volontairement délocalisé sa puissance industrielle pour l'installer dans des pays plus conviviaux.
Année après année, la France est devenue la risée du monde et si ses grands pontes perçoivent des émoluments de plus en plus conséquents, ses petites mains ont perdu le goût de se révolter et se meurent au quotidien, oubliés sur le bord de chemin tortueux.

Bien sûr qu'Aulnay fermera...
Alors, dans ce climat sauvagement concurrentiel que nous ont organisé les grands penseurs qui hantent nos palais et nos ministères, la France n'a plus les moyens de combattre et seules, les grosses fortunes poursuivent leur sale besogne en pressant nos oranges pour en recueillir le précieux nectar et laisser sur notre terre ravagée, les écorces et les pépins.
Telles des autruches dans leur sable, les dirigeants français qui se sont succédés sur les plus hautes marches du pouvoir, n'ont pas voulu anticiper ce 3ème millénaire. Demain ne meurt jamais... Son nom est James... James Sarkozy...
Bientôt, si nous n'y prenons pas garde, nos industries ne produiront plus rien et nos forces créatives auront quitté nos demeures.
Alors, oui, Aulnay fermera ses portes. Comme Poissy, Sandouville, Flins, Sochaux, Mulhouse et tant d'autres. C'est une évidence.

Bien sûr qu'Aulnay fermera...
Nous vivons collectivement au dessus de nos moyens et la répartition de nos richesses est arbitraire. Les charges qui pèsent sur nos entreprises handicapent nos performances. Les coûts des avantages et acquis sociaux ne sont plus compatibles avec la recherche de combativité concurrentielle qui doit être la priorité au moment d'emporter des marchés. De nombreux autres pays, y compris européens, sont plus conciliants avec leurs entreprises. En France, tout est compliqué. Créer une entreprise, employer du personnel, gérer, promouvoir, développer, gagner... est un chemin de croix. Pourquoi voudriez-vous que nos grands industriels ne goûtent pas la clémence de ces nouvelles terres d'accueil low cost? Alors, oui, nos usines fermeront. Toutes nos usines, les unes derrière les autres. Pas parce que la main d'œuvre française est moins performante qu'ailleurs, bien au contraire. Mais simplement parce qu'en France, tout est compliqué dès qu'on veut entreprendre...ou réformer !



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